jeudi 10 avril 2014

J’ai perdu mon âme…




Un jour j’ai perdu mon âme.
Je ne ressentais plus rien,
Comme si le mot « sentiment » avait été effacé de ma mémoire.
Je me faisais l’effet de dériver sur un radeau, au milieu de nulle part !
Plus rien ne comptait
Plus rien n’existait.
Peut-être avais-je été une guerrière et tué pour ne pas mourir.
Et peut-être que j’attendais une sorte de rédemption pour renaître,
Pour vivre et ressentir à nouveau des émotions.
Pourquoi étais-je si vide à l’intérieur de mon corps ?
Est-ce qu’un trop plein de souffrance peut réduire l’état de conscience à un simple instinct de survie ?
Un jour j’ai perdu mon âme.
Je l’ai abandonnée sur la Terre
Car je n’étais pas digne de la porter.
Malgré sa légèreté elle était devenue un vrai fardeau.
Qu’avais-je fait de bien envers autrui pour la mériter ?
Un jour j’ai perdu mon âme
Pour la sauver d’elle-même…

Texte © Marie-Laure Bigand - 09/04/2014

Nota : Petit texte écrit après avoir entendu le témoignage d’un homme qui a commis de terribles assassinats au Rwanda en 1994. Il racontait qu’il partait le matin, comme d’habitude, mais qu’au lieu d’aller travailler dans les champs il allait tuer les gens autour de lui : enfants, femmes, personnes âgées, et que le soir il rentrait chez lui ! Il estimait qu’après avoir purgé une peine de onze ans de prison il avait payé sa dette… À aucun moment il n’a exprimé le moindre regret sur ce qu’il a fait… Non, pour lui, à ce moment-là, c’était un travail qu’il accomplissait avec une véritable conscience professionnelle !

Aucun commentaire: