mardi 10 mars 2015

L’Air libre d’Albane Gellé




Aux éditions Le dé bleu

Entre les souvenirs d’enfance et celle devenue femme, il y a les autres, ceux qui parlent trop, et les silences qui réveillent les pensées et permettent aux mots de se libérer.

L’Air libre est un recueil de poésie tout en nuances où les animaux sont des sages et la nature une respiration dans laquelle il fait bon se laisser porter, loin du brouhaha du monde…

Aucune ponctuation dans ce recueil, et si cela peut surprendre aux premières lignes, très vite, les mots se suffisent à eux-mêmes…

« Un nuage s’amusait à faire l’équilibre sur
un autre nuage plein d’insouciance pour
une fois il regardait la terre comme on
regarde les images dans un livre d’un air
rêveur quel sort terrible se disait-il en
pensant aux arbres ils sont plantés là ils
ne peuvent pas bouger »

4e de couverture

Dans sa première publication en 1993, Albane Gellé écrivait qu’un homme lui avait « arraché la langue ». Depuis, elle cherche, poète, à se donner une langue neuve, sa langue.
« Je me tais. », répète-t-elle (dix fois dans l’Air libre), en précisant, à chaque fois, pourquoi : parce que quand j’étais petite un homme à côté de moi parlait parlait il me donnait envie de vomir ; parce que tout près ça parle bien je ne vois pas ce que je pourrais ajouter ; parce que quelqu’un parle fort il n’y a plus de place ; par hasard ; par habitude ; et croyez-moi c’est mieux comme ça ; parce que je suis fatiguée ; par provocation (pas souvent) ; comme ça pour rien ; et alors. Jusqu’à la dernière page, porte qui claque sur un « Je ne me tais pas ». Prise de parole (poème) intransitive.
On quitte ce livre un peu comme on sort de Parle avec elle, le film d’Almodovar : avec une sorte d’anxiété éblouie, de contrariété désirante qui ramène à la surface. Mène à l’air libre, quasi malgré soi.

De cet auteur, j’avais déjà lu Je te nous aime, dont vous pouvez retrouver l’article .

Albane Gellé sera l’invitée du prochain Mots Parleurs, organisé par l’Association Mots Migrateurs, qui se tiendra le mardi 17 mars à la bibliothèque G. Apollinaire à 20 h 30.
Tous les renseignements sur cette soirée ici.

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